MANHATTAN GHOST : LA SUITE

Voilà le photographe de Manhattan Ghost dont vous avez pu admirer les photos

Bonne année 2021 et merci d’avoir lu ce calendrier de l’avent un peu special.

Voilà Manhattan Ghost est fini, photos de Mickaël Laguerre – Texte de Philippe Ward.

En reisant le texte, je me suis mis dans l’idée de continuer cette enquête avec Lisa et surtout John Lennon comme enquêteur. Et puis j’ai mis de côté cette idée, jussqu’à ce mois de décembre qui a coincide avec le 40° anniversaire de John Lennon et ce petit calendrier de l’avent. Alors à l’aube de cette année 2021, je ne sais pas si je vais écrire ce roman. Si vous avez lu Manhattan Ghost si vous avez aimé, alors un like tout simple, si vous n’avez pas aimé, pas de like et si j’ai un certain nombre de like (allez je suis fou, je vais dire 100) je terminerais cette histoire.

Merci

Philippe Laguerre-Ward

10

Coney Island

31 Mai 2012

09 h 28 am

Brooklyn by the sea
Dimanche après-midi
C’est une vieille promenade
Sur de longues planches malades
C’est la mer Noire en petit
Tout le long de Brighton Beach
A Brooklyn by the sea

Mort Shuman : Brooklyn by the sea

           

            Lisa regarda sa tasse vide. Elle hésita, elle avait du boire près de deux litres de café depuis son arrivée au commissariat à huit du matin. Elle avait passé une nuit blanche, sans pouvoir dormir. D’abord, elle avait recopié la tablature et les paroles de la chanson de John Lennon dans un fichier de son ordinateur et, pour plus de précaution sur un cahier, car au moins le stylo était une sécurité. Elle l’aurait bien joué et chanté pour l’enregistrer mais elle avait eu peur de réveiller les voisins. Elle s’était contentée de la fredonner en se filmant avec son smartphone.

            Le sommeil la fuyant toujours, elle avait tourné en boucle son histoire, ne sachant pas si son cerveau lui avait joué un tour ou bien s’il existait un New York peuplait par les fantômes. Tout son esprit rejetait cette supposition, mais la chanson de Lennon revenait la faire changer d’avis.

Elle ne voyait personne à qui elle pouvait raconter son histoire. Sa mère l’aurait pris dans ses bras et lui aurait dit qu’elle travaillait trop, ses collègues l’auraient envoyée chez le psy de service.

Elle avait commencé à composer le numéro de téléphone de son ex, mais elle s’était arrêtée au dernier chiffre. Elle n’allait pas le réveiller en pleine nuit, il allait la prendre lui-aussi pour une folle. De toute façon, elle s’était rendue compte qu’elle ne voulait plus de son aide. Et puis les premiers rayons de soleil étaient apparus, elle avait pris une longue douche et s’était préparée pour aller travailler. Mais avant elle s’était assis au piano et, en effleurant simplement les touches, elle avait joué plusieurs fois la chanson sur New York.

            Arrivée au commissariat, elle avait chassé dans un coin de sa mémoire son aventure de la veille pour se consacrer à son enquête. Elle ne voulait pas que son cerveau soit pollué par ces fantômes. Elle avait pris la décision de garder cette histoire pour elle, de n’en parler à personne.

Elle s’assit sur sa chaise, et ouvrit le dossier que lui avait confié son patron la veille : un vol dans une boutique de spiritueux, le patron s’était défendu et avait blessé le cambrioleur. Elle devait attendre qu’un hôpital ou médecin appelle la police pour le retrouver et l’enquête serait vite bouclée.

            Elle lui tendit sa tasse, il la prit et se leva en disant :

            — Tu as mauvaise mine, ta soirée ne s’est pas bien passée. Le concert n’était pas à la hauteur

            Lisa hésita et puis décida de s’en tenir à sa décision.

            — Non au contraire, tout a été parfait, mais je ne sais pas, l’excitation peut-être, je n’ai pas dormi de la nuit.

            Elle secoua la tête et changea de sujet, le travail avant tout.

— Tu as lu le dossier sur le cambriolage que le boss nous a confié ?

            — Oui, de la rigolade, à midi ce sera bouclé.  Je vais chercher du carburant pour te tenir éveillée.

            Elle regarda Mark Rainey quitter la pièce. Ils travaillaient ensemble depuis seulement deux mois, mais elle avait appris à l’apprécier. Il avait trente ans, marié, deux filles de trois et 5 ans, habité un appartement de Brooklyn. Plus petit qu’elle, toujours de bonne humeur, mais aussi un vrai flic accrocheur, et surtout spécialiste de la mafia russe. Ses parents avaient émigré d’URSS dans les années 70.

            Il revint avec une tasse qu’il posa devant Lisa.

            — Bois-le vite, changement de programme. Nous sommes attendus pour un crime. Ordre du patron.

            Lisa fit la grimace en buvant le café brûlant.

— Pourquoi nous ? demanda-t-elle en reposant la tasse à moitié pleine. Pour une fois que nous avions une enquête facile.

— Un meurtre d’une jeune femme sur la plage de Coney Island. Tu es une femme et la morte serait d‘origine slave. Alors le boss nous colle cette affaire. Pas besoin de te faire un dessin.

Lisa poussa un long soupir de désappointement. elle se leva, prit sa veste, vérifia qu’elle avait bien son arme de service et soupira :

— Allons-y puisque nous ne pouvons pas aller contre la volonté de notre chef.

— Vu ton état, c’est moi qui conduit.

En quittant le commissariat, Lisa demanda :

— Tu en sais plus sur cette histoire.

— Non, mais Peter Stride doit nous briefer sur place.

— Connaît pas, répondit Lisa en montant dans la voiture.

Mark démarra, il mit le gyrophare et e fraya un chemin dans la circulation new-yorkaise. Ils arrivèrent à Coney Island une ancienne île devenue une péninsule après la Guerre de Sécession. Elle était célèbre pour ses plages donnant sur l’Océan Atlantique.

Ils se garèrent dans un parking relativement désert alors que durant l’été c’était la galère pour trouver une place. Plusieurs voitures de police et une ambulance se trouvaient déjà là.

L’un des policiers s’était éloigné du corps pour inspecter les lieux à la recherche d’autres indices. Lisa et Mark rejoignirent un petit groupe qui se tenait sur la plage autour du cadavre recouvert d’un drap. Un de leur collègue prenait des photos pendant que les autres discutaient l’air sombre. L’adjoint du légiste passa à côté d’eux en les saluant.

— Je vous donne rendez-vous à l’autopsie, dit-il en souriant.

S’il y avait bien un point que Lisa détestait dans son métier c’était les autopsies. Mais elle se forçait à y assister. Et pour l’instant son estomac avait toujours soutenu le spectacle qui s’était offert à elle.

Un homme s’avança vers eux, la quarantaine bien tassée, bedonnant, la calvitie naissante, le costume fripé.

— Peter Stride, se présenta-t-il en leur tendant la main. Content que vous preniez le relais.

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