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Wonderland, Cédric Roux : un nouveau regard sur New York

Baptiste Thery-Guilbert·Livres·11 mars 2022·2 min de lecture

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Wonderland, Cédric Roux : un nouveau regard sur New York (phototrend.fr)

Être lauréat du concours « Éditer son regard » a permis à Cédric Roux d’exposer et d’éditer ses prises de vue contemporaines de New York. Son travail se situe dans la pure tradition de la street photography, dans une version modernisée qui revisite les codes du genre ; un sentiment de nouveauté servi par un regard outre-Atlantique réactualisé et décalé.

Son travail photographique est publié dans Wonderland, aux éditions Odyssée, en collaboration avec l’imprimeur Escourbiac. La sortie du livre est prévu pour septembre 2022 – juin 2022 pour les personnes ayant soutenus le projet sur Ulule (463 préventes). Le livre sera également présenté en avant-première au Festival de la Photographie d’Arles de cet été.

Wonderland, Cédric Roux : un nouveau regard sur New York

Baptiste Thery-Guilbert·Livres·11 mars 2022·2 min de lecture

Être lauréat du concours « Éditer son regard » a permis à Cédric Roux d’exposer et d’éditer ses prises de vue contemporaines de New York. Son travail se situe dans la pure tradition de la street photography, dans une version modernisée qui revisite les codes du genre ; un sentiment de nouveauté servi par un regard outre-Atlantique réactualisé et décalé.

Son travail photographique est publié dans Wonderland, aux éditions Odyssée, en collaboration avec l’imprimeur Escourbiac. La sortie du livre est prévu pour septembre 2022 – juin 2022 pour les personnes ayant soutenus le projet sur Ulule (463 préventes). Le livre sera également présenté en avant-première au Festival de la Photographie d’Arles de cet été.
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C’est sans surprise que l’on découvre que le livre est préfacé par Matt Stuartremarquable photographe de rue londonien aux images saturées et imprégnées d’humour. Les images de Cédric Roux s’inscrivent dans cette lignée, tout aussi insolite, mais avec peut-être davantage de sobriété – on pense instantanément aux prises de vue d’un Joel Meyerowitz ou d’un Saul Leiter.

Les lignes directrices des photographies de Cédric Roux sont encore plus fortes que celles de ses prédécesseurs. Une dynamique consolidée par des détails qui surgissent admirablement dans ces images, qu’on sait pourtant prises sur le vif.

Sur ces photographies à la géométrie impeccable, l’homme est toujours au centre de l’image d’une manière ou d’une autre et sous toutes ses coutures : celui qui travaille sur un chantier en pleine rue, un employé de bureau ou un dormeur dans le métro.

Pour un artiste qui a commencé sa pratique tardivement et qui se qualifie facilement de timide, la spontanéité qui se dégage de ses prises de vue est étonnante. Le sujet est parfois pris de près, au grand-angle, et se détache du reste dans un jeu d’ombres et de lumières parfaitement maîtrisé. 

La démarche du photographe est à l’image de New York, la ville qu’il photographie : en réinvention constante

Le livre Wonderland (112 pages, format 19 x 27 cm, ouverture à plat) de Cedric Roux est disponible en précommande aux éditions Odyssée au tarif de 39 €.

1 Jour 1 Chanson Steve Earle : City of immigrants

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Paroles

Livin’ in a city of immigrants
I don’t need to go travelin’
Open my door and the world walks in
Livin’ in a city of immigrants

Livin’ in a city that never sleeps
My heart keepin’ time to a thousand beats
Singin’ in languages I don’t speak
Livin’ in a city of immigrants

City of black
City of white
City of light
City of innocents
City of sweat
City of tears
City of prayers
City of immigrants

Livin’ in a city where the dreams of men
Reach up to touch the sky and then
Tumble back down to earth again
Livin’ in a city that never quits

Livin’ in a city where the streets are paved
With good intentions and a people’s faith
In the sacred promise a statue made
Livin’ in a city of immigrants

City of stone
City of steel
City of wheels
Constantly spinnin’
City of bone
City of skin
City of pain
City of immigrants

All of us are immigrants
Every daughter, every son
Everyone is everyone
All of us are immigrants
Everyone

Livin’ in a city of immigrants
River flows out and the sea rolls in
Washin’ away nearly all of my sins
Livin’ in a city of immigrants

City of black
City of white
City of light
Livin’ in a city of immigrants
City of sweat
City of tears
City of prayers
Livin’ in a city of immigrants

City of stone
City of steel
City of wheels
Livin’ in a city of immigrants

City of bone
City of skin
City of pain
City of immigrants

All of us are immigrants
All of us are immigrants

Auteurs-compositeurs : Steve Earle
Pour utilisation non commerciale uniquement.
Données de : Musixmatch

Steve Earle – City Of Immigrants (live 2008) 0815007 – YouTube

Plongez dans le New York des années 1600

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Plongez dans le New York des années 1600 | National Geographic

DE PETER MILLERPHOTOGRAPHIE DE ROBERT CLARKPUBLICATION 18 FÉVR. 2022, 17:10 CET

De tous les visiteurs qu’a accueilli New York ces dernières années, José le castor est sans aucun doute l’un des plus surprenants. Personne ne sait vraiment d’où il vient. On dit qu’il vient du comté tranquille de Westchester et qu’il a descendu la Bronx River vers le sud. Il est apparu un matin d’hiver de 2007 sur une rive du zoo du Bronx où il a rongé quelques saules pour se construire une hutte.

« Si vous m’aviez demandé à l’époque quelles étaient les chances qu’il y ait un castor dans le Bronx, je vous aurais répondu zéro », déclare Eric Sanderson, écologue de la Société pour la conservation des espèces sauvages (WCS), dont le zoo du Bronx héberge le quartier général. « Cela fait plus de 200 ans qu’il n’a pas eu de castor à New York. »

Au début du 17e siècle, quand New York n’était encore qu’un village néerlandais qu’on appelait la Nouvelle-Amsterdam, les castors étaient prisés pour leur fourrure, dont les Européens raffolaient. La traite des fourrures devint une affaire si lucrative qu’on fit bonne place à un couple de castors sur les armoiries de la ville. Personne ne les en a délogés depuis. Mais les vrais animaux, eux, ont disparu.

C’est pour cela qu’Eric Sanderson était dubitatif lorsque Stephen Sautner, son collègue à la WCS, lui a assuré avoir vu des traces laissées par un castor lors d’une promenade sur les rives du Bronx. Il a d’abord pensé que ce devait être un rat musqué. En effet, ceux-ci tolèrent mieux le stress de la vie urbaine. Pour en avoir le cœur net, ils sont allés escalader un grillage séparant la rivière d’un des parkings du zoo et ont découvert la hutte de José à l’endroit même que Stephen Sautner avait indiqué. En y retournant deux semaines plus tard, ils sont tombés sur José en personne.

 Le soir venait de tomber, raconte Eric Sanderson. Nous étions sur la rive en train de papoter quand soudain nous avons aperçu le castor. Il a nagé jusqu’à nous et a commencé à faire des cercles dans la rivière. Nous avons reculé un peu et il a sonné l’alarme comme le font les castors en tapant sa queue, slap, slap, dans l’eau. Et nous avons décidé que nous ferions mieux de partir. »

Le retour du castor dans la Grosse Pomme fut salué comme une victoire par les écologistes et les bénévoles qui, depuis plus de trente ans, faisaient tout pour que la Bronx River, autrefois décharge pour voitures et ordures mises au rebut, reprenne du poil de la bête. José doit son nom à José E. Serrano, membre du Congrès du Bronx ayant alloué plus de 13 millions d’euros de financements fédéraux au fil des années afin de soutenir le nettoyage de la rivière.

Pour Eric Sanderson, l’histoire de José était chargée d’une signification supplémentaire. Cela faisait près de dix qu’il supervisait un projet de la WCS qui devait imaginer le plus précisément possible ce à quoi l’île de Manhattan pouvait ressembler avant que la ville ne prenne racine. Le but avoué du Projet Mannahatta (qui signifie « îles aux nombreuses collines » chez les Lenapes) est de remonter le temps à l’après-midi du 12 septembre 1609, juste avant que Henry Hudson et son équipage n’entrent dans le port de New York et aperçoivent l’île. Eric Sanderson se dit que si nos nous pouvions nous imaginer la merveille naturelle sur laquelle Henry Hudson a posé les yeux ce jour-là, peut-être que nous ferions plus d’efforts pour préserver les autres étendues sauvages. « Je voulais que les gens tombent amoureux du paysage original de New York, confie-t-il. Je voulais montrer à quel point la nature est grandiose quand elle est à l’œuvre, avec toutes ses composantes, dans un lieu qu’on pense généralement dépourvu de tout élément naturel. »

Bien avant que ses collines ne soient passées au bulldozer et que ses zones humides ne soient pavées, Manhattan était une contrée sauvage extraordinaire toute en châtaigniers, chênes et pacaniers immenses, en marais salants et en prairies où déambulaient dindes, élans et ours noirs ; « une terre on ne peut plus agréable à fouler », selon Henry Hudson. Des plages de sable s’étiraient sur les deux côtes de cette étroite île de 20 kilomètres de long où les Lenapes se délectaient de palourdes et d’huîtres. Plus de 106 kilomètres de cours d’eau s’écoulaient à Manhattan, et la plupart comptaient un castor ou deux. L’apparition de José a donc donné à Eric Sanderson un aperçu rarissime de l’ordre des choses d’alors.

« Vous pourriez avoir du mal vous le figurer aujourd’hui, mais il y a 400 ans, il y avait un marais avec des érables rouges ici même à Times Square », nous confiait-il il y a plus de dix ans en attendant que le feu passe au vert pour traverser la Septième avenue. Vêtu d’un jean noir et d’un coupe-vent, il ressemblait à s’y méprendre aux touristes qui marchaient à côté de lui sur le trottoir. Mais contrairement à eux, il était en train d’arpenter un sentier bordant une rivière marécageuse qui s’enfonçait sous l’entrée du Marriott Marquis à l’angle de Broadway et de la 46e rue Ouest. « Il y avait un étang de castors juste là », dit-il entre les borborygmes d’un bus qui passait. « C’était certainement un bon endroit pour les cerfs, les canards carolins et toutes les espèces associées aux cours d’eau. Des truites mouchetées probablement, puis des anguilles, des brochets et des poissons-lunes. On peut penser que c’était bien plus calme, bien entendu, quoique ce n’est pas si mal aujourd’hui. »

Eric Sanderson a mis au point le Projet Mannahatta un soir de 1999 après avoir acquis un beau livre avec des cartes historiques de la ville. Transfuge récent du nord de la Californie, il était curieux de se renseigner sur l’évolution de sa ville d’accueil. « Le paysage de Manhattan s’est tellement transformé que cela vous pousse à vous demander ce qu’il y avait là avant, racontait-il. Il y a certains endroits dans cette ville où vous ne voyez pas un seul autre être vivant, sauf peut-être une personne ou un chien. Pas un arbre, pas une plante. Comment un lieu a fait pour devenir comme ça ? »

Une carte en particulier a attiré son attention : un tirage aux couleurs magnifiques datant de 1782 ou 1783 indiquant des collines, des cours d’eau et des marécages, mais aussi des routes, des vergers et des fermes, et ce sur l’ensemble de l’île ; une prouesse unique en son genre pour l’époque. Longue de trois mètres et large d’un, cette carte fut établie par des cartographes militaires britanniques lors de leurs huit années d’occupation pendant la révolution américaine. Cette carte désormais célèbre, qu’on a baptisé « British Headquarters Map », dévoile la topographie de l’île sous un jour inhabituel, car les officiers britanniques avaient besoin d’informations particulières pour pouvoir défendre Manhattan

Eric Sanderson s’est demandé ce qu’il se passerait si l’on superposait le plan hippodamien de la ville actuelle sur ce rendu datant du 18e siècle. Allaient-ils s’aligner ne serait-ce qu’un peu ? Pour le découvrir, Eric Sanderson a recruté famille et amis, à commencer par sa femme Han-Yu Hung et leur jeune fils Everett, pour qu’ils l’accompagnent le week-end aux endroits toujours visibles indiqués sur l’ancienne carte. Trinity Church, dans le quartier de Downtown Manhattan, fondée à la fin du 17e siècle, en est un exemple parmi d’autres. Sur une pierre tombale typique de l’aître on peut lire : « Ci-gît le corps de John Abrell dont les jours ont pris fin le 10 janvier 1762 à l’âge de 40 ans ». Comme le cimetière est localisable à la fois sur la « British Headquarters Map » et sur le quadrillé actuel, Eric Sanderson a pu, pour ainsi dire, enfoncer une punaise à travers les deux cartes en effectuant un relevé GPS sur le site et en le projetant sur une version digitalisée de l’ancienne carte. Après avoir répété le procédé environ 200 fois, punaise après punaise, lui et son équipe ont réussi faire à correspondre la « British Headquarters Map » et le plan hippodamien actuel avec une précision d’un demi-bloc, soit à environ 39 mètres près. Du point de vue d’Eric Sanderson, une toute nouvelle dimension venait de s’ajouter au paysage urbain moderne. Il lui était désormais possible de se tenir à n’importe quel endroit de Manhattan et de se figurer plus ou moins ce qui se trouvait là en 1782.

Prenez le faux-plat de la Cinquième avenue quand vous passez devant la Bibliothèque publique de New York (NYPL). « Il y a une bonne raison au fait qu’en se postant sur le trottoir ici vous puissiez apercevoir le haut du crâne des personnes qui se trouvent à quelques blocs de là, expliquait-il. Nous nous trouvons près du sommet de Murray Hill, où la famille Murray avait une ferme et un verger en 1782. Lors de la campagne de New York, les Britanniques ont débarqué à Kips Bay, sur l’East River, et ont marché jusqu’ici, faisant une queue de poisson à la moitié de l’armée de Washington qui était piégée à Downtown Manhattan. Une légende raconte que Mrs. Murray aurait offert le thé aux officiers britanniques. Ils se sont arrêtés ici, à la ferme, et pendant qu’ils buvaient le thé, les troupes de Washington se sont faufilées à travers leurs lignes en passant par Bloomingdale Road, l’actuelle Broadway, et se sont échappées. »

Aussi fascinante que soit la fameuse carte des officiers britanniques, Eric Sanderson n’entendait pas arrêter sa machine à remonter le temps en 1782. C’était 1609 ou rien. Avec ses collègues, ils ont alors ôté de la carte tout ce qui avait été ajouté par les colons et par les soldats (routes, fermes, fortifications, etc.) jusqu’à ce que sa version digitalisée ne compte plus que les cubes de construction élémentaires du paysage physique : littoral, collines, falaises, occupation des sols, cours d’eau et étangs. En tant qu’écologue du paysage, Eric Sanderson avait l’habitude de décortiquer mentalement des contrées sauvages pour comprendre leur fonctionnement ; par exemple, séparer une forêt tropical gabonaise en couches géologiques, hydrologiques, écologiques et culturelles. Mais dans le cas présent, lui et ses collègues ont décidé de construire un paysage par le bas, en commençant par le terrain et en le remplissant avec les plantes et les animaux qui y ont vraisemblablement vécu.

ls ont commencé par faire la liste des différents écosystèmes dont on pouvait raisonnablement penser qu’ils ont existé sur l’île (forêts primaires, zones humides, plaines) en se basant notamment sur les différents types de sols et sur les précipitations. Comme elle se trouvait à l’intersection de plusieurs régions géographiques, l’île de Manhattan a peut-être abrité non seulement des épicéas typiques des forêts du nord mais également des magnolias typiques des forêts du sud, ainsi que des oiseaux migrateurs issus des routes de migration voisines, et même des poissons tropicaux l’été grâce au Gulf Stream. En tout, ils ont identifié 55 communautés écologiques différentes. « C’était un endroit incroyablement pluriel, affirme Eric Sanderson. Si l’île était restée comme elle était à l’époque, on aurait pu y créer un parc national comme Yosemite ou Yellowstone. »

Une fois les écosystèmes de l’île identifiés, ils ont été en mesure de les remplir avec des espèces. Mais quels animaux pouvaient bien vivre là ? Pour être aussi précis que possible, l’équipe d’Eric Sanderson a poussé ses recherches encore plus loin. Pour chaque espèce, celle-ci a identifié des prérequis d’habitabilité. Une tortue de Muhlenberg a par exemple besoin d’une pré humide, d’insectes et d’un endroit ensoleillé pour se réchauffer, tandis qu’un lynx a besoin de lapins et d’un repaire où élever ses petits. « Nous nous sommes posé cette question en boucle : ‘De quoi est-ce que telle espèce a besoin ? De quoi est-ce que telle espèce a besoin ? De quoi est-ce que telle espèce a besoin ?’ », se souvient Eric Sanderson. Puis ils ont établi une liste pour chaque espèce. En étoffant leur base de données, ils ont mis le doigt sur un réseau dense de relations entre les espèces, les habitats et les écosystèmes de l’île qui n’est pas sans rappeler les réseaux complexes qui se tissent entre humains. Eric Sanderson a baptisé ce réseau « toile de Muir » en référence au naturaliste américain John Muir qui avait autrefois remarqué qu’on « a beau essayer d’isoler quoique ce soit dans la nature, nous découvrons inéluctablement que cette chose est liée par mille cordelettes indestructibles au reste de l’Univers ». Eric Sanderson et son équipe ont, d’une certaine manière, tenté de rendre ces milliers de liens visibles.

Imaginez un castor qui vivait à Times Square en 1609. Si vous l’attrapiez par la peau du cou et l’extirpiez de la toile, vous découvririez des lignes le reliant à un cours d’eau qui serpente lentement, à des trembles dont il s’est nourri, mais aussi à la boue et aux brindilles qui lui auront servi à construire sa hutte. Vous apercevriez les lignes le reliant aux lynx, aux ours et aux loups qui ont besoin de lui pour se nourrir ainsi qu’aux grenouilles, aux poissons et aux plantes aquatiques vivant dans l’étang qu’il a créé. « Il s’avère que le castor est un architecte du paysage, comme les humains, commente Eric Sanderson. Vous avez besoin de lui pour inonder les forêts, cela tue les arbres et attire les pics qui y creusent des cavités où les canards carolins nichent. » Lorsque l’on enlève un castor de cette toile interconnectée, on perturbe la vie de nombreux autres résidents. Cela démontre toute l’importance qu’il y a à envisager les écosystèmes comme des réseaux.

Une fois qu’Eric Sanderson et son équipe ont eu fini de compiler les données dans leur base, ils se sont retrouvés avec l’une des reconstitutions scientifiques d’un paysage les plus détaillées jamais entreprises. Ils ont identifié quelque 1 300 espèces et au moins 8 000 relations les reliant entre eux et avec leur habitat. C’est quelque peu ironique, pour reprendre les mots d’Eric Sanderson, car ils avaient devant eux la description d’un endroit qui a complètement disparu. Mais on pourrait tout à fait appliquer cette méthode qui a permis de dresser un portrait de Mannahatta à des étendues sauvages contemporaines comme le Yellowstone, la forêt du bassin du Congo ou les steppes de Mongolie. En modélisant les interactions entre paysage et espèces, les chercheurs seront plus à même de prédire l’impact du changement climatique, de la chasse et d’autres paramètres perturbateurs.

Quant au Projet Mannahatta, l’étape suivante a été de transformer toutes ces données en paysages réalistes en 3D. Depuis le début, le but d’Eric Sanderson était de montrer ce à quoi ressemblait n’importe quel endroit de la ville il y a 400 ans. La station de taxis devant le Madison Square Garden sur la Septième avenue était par exemple un marécage à l’orée d’une forêt. Pour que cela devienne réalité, Markley Boyer, spécialiste de la visualisation des données, s’est servi d’un logiciel de modélisation en 3D pour remplir digitalement chaque scène, bloc par bloc, avec des chênes, des pacaniers, des étangs et des marais en bonnes proportions selon ce que lui indiquaient les données compilées dans la « toile de Muir ». « Nous nous servons en gros du même type de logiciel 3D qu’ils utilisent à Hollywood pour créer des armées digitales qui traversent une plaine, explique Markley Boyer. À ceci près que nous générons des dizaines de milliers d’arbres dans les proportions appropriées pour chaque type de forêt. » En se rendant sur themannahattaproject.org on peut jouer avec leur machine à remonter dans le temps et entrer n’importe quelle adresse de Manhattan pour voir à quoi ressemblait le quartier il y a bien longtemps.

Au mois de septembre, les New-Yorkais fêteront le 413e anniversaire de l’arrivée de Henry Hudson et le projet d’Eric Sanderson, auquel ont participé plus de 50 historiens, archéologues, géographes, botanistes, zoologues, illustrateurs et défenseurs de l’environnement de la WCS et d’autres institutions, devrait continuer à attiser la curiosité en dévoilant l’allure qu’avait la Grosse Pomme avant que l’explorateur britannique ne débarque. « J’aimerais que chaque New-Yorkais sache qu’il habite un endroit qui est doté d’une écologie fabuleuse, conclut-il. Que New York n’est pas uniquement un haut-lieu de l’art, de la musique, de la culture et des communications, mais aussi un lieu au potentiel naturel extraordinaire, même s’il faut plisser les yeux un peu plus fort qu’ailleurs pour apercevoir la nature ici. »

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise en 2009. Il a été mis à jour par l’équipe de rédaction française.

Avec « The Gilded Age », Julian Fellowes s’intéresse à la la bourgeoisie new-yorkaise de la fin du 19e siècle

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Avec « The Gilded Age », Julian Fellowes s’intéresse à la la bourgeoisie new-yorkaise de la fin du 19e siècle (lejdd.fr)

ParBarbara Théate

Le créateur de « Downton Abbey » met en scène des rivalités sentimentales et sociales dans le Manhattan de la fin du 19e siècle.

En 2010, le scénariste anglais Julian Fellowes écrivait une nouvelle page de l’histoire des séries en redonnant, avec Downton Abbey, ses lettres de noblesse à la saga romantico-­historique. Des décors somptueux, des costumes de goût et des intrigues sentimentales à rebondissements dans l’Angleterre du début du XXe siècle ont tenu en haleine les téléspectateurs du monde entier pendant six saisons. Le showrunner multirécompensé propose un autre projet ambitieux, cette fois de l’autre côté de l’Atlantique.

Parce qu’on ne change pas une formule qui marche, Julian Fellowes s’intéresse de nouveau à la haute bourgeoisie : celle de New York en 1882, une période charnière dans la transformation de la société américaine. Sans argent à la mort de son père, la jeune Marian se résout à quitter la Pennsylvanie pour vivre chez ses riches tantes qu’elle ne connaît pas, dans un hôtel particulier bordant Central Park. Elle va devoir faire avec les codes d’une bonne société ultraconservatrice.

Deux mondes qui s’opposent

À la vue des cinq premiers épisodes, The Gilded Age (« l’âge d’or ») va plus loin qu’un simple copié-collé de Downton Abbey. À la candeur des personnages au code d’honneur très british succède une analyse fine et mordante de la lutte entre deux mondes : l’ancien, fondé sur la réputation du nom et accroché à des valeurs souvent rétrogrades, et le nouveau, celui des entrepreneurs, les Rothschild et les J.P. Morgan, qui s’imposent grâce à l’argent en misant sur la finance ou le développement du chemin de fer. Ainsi, l’épouse d’un riche homme d’affaires a beau déployer ses plus luxueux artifices, elle se heurte à la morgue du club très fermé des vieilles familles huppées. Mais le passé peut-il empêcher l’avenir? On voit ainsi les revendications d’une communauté afro-américaine aisée et éduquée qui bataille déjà pour faire entendre sa voix.

Si on en prend plein les yeux grâce à une débauche de robes élégantes et d’intérieurs luxueux ainsi qu’à une reconstitution d’un ­Manhattan en plein essor, on se régale des dialogues, piquants et plein d’humour, des personnages qui ne sont jamais totalement ce qu’ils laissent à croire, et d’un casting bien pensé.

Face à des pointures de séries comme ­Christine Baranski (The Good Wife) et ­Cynthia Nixon (Sex and the City), Julian ­Fellowes aligne des talents à suivre : Carie Coon et Morgan ­Spector forment un couple de ­Rastignac et Louisa Jacobson, l’une des filles de Meryl Streep, qui tient ici son premier grand rôle, joue avec finesse une oie pas si blanche dans une sorte de version moderne et cynique d’Orgueil et préjugés, bien moins tape‑à-l’œil et sirupeuse que la Chronique des Bridgerton de Shonda Rhimes sur Netflix.

The Gilded Age***. De Julian Fellowes, avec Louisa Jacobson, Carie Coon, Christine Baranski. 9 épisodes de 52 minutes. À partir de mardi sur OCS.