Calendrier de l’avent : 14

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— Oui, répondit Peter. Il s’agit de la fille d’un de mes collègues, elle travaille au New York Police Department.

— Vous allez le retrouver ? demanda Marilyn en fixant Lisa d’un regard suppliant.

Lisa ne sut quoi dire, elle n’en revenait pas d’être face à la femme qui avait fait fantasmer des milliers d’hommes et qui, cinquante ans après sa mort, continuait d’être une des plus grandes actrices à la beauté fatale.

— Je l’espère, lâcha-elle d’une voix timide.

— Vous le devez, murmura Marilyn de sa voix douce. Il est si gentil, et c’est le meilleur musicien au monde.

— Qu’il crève ! Il n’a rien à faire à New York, c’est une saleté d’Anglais qui a dénaturé notre musique. Je suis morte trop tôt pour lui montrer de quoi j’étais capable.

La voix avait jailli dans le dos de Lisa ; elle se retourna et aperçut une femme noire, plutôt petite, avec de longs gants blancs qui cachaient ses avant-bras, vêtue d’une simple robe noire, et des gardénias décorant ses cheveux. Mais le plus frappant restait la haine qu’elle cracha à la figure de Marilyn Monroe :

— Et toi, repars à Los Angeles, ou à Hollywood. Ta place n’est pas à Manhattan. New York est la ville du jazz, pas de la soupe.

Peter prit la femme par le bras. Mais elle se débattit, donnant des coups de pieds en hurlant :

— Saleté de flics, vous m’avez pourri ma vie et vous continuez maintenant. Mais au moins, ici, vous ne pouvez pas me mettre en prison. Je suis libre.

            Le couple disparut dans le couloir, mais pas les cris de la femme qui maudissait toujours les musiciens anglais volant la vedette aux vrais chanteurs puis les flics new yorkais racistes.

  • Je vais poursuivre la répétition, si je peux, dit Marilyn. Et merci pour votre aide.

Lisa voulut lui demander qui était cette femme jalouse, mais déjà Marilyn lui tournait le dos. Elle la regarda se diriger vers la scène avec une pointe de jalousie. Elle essaya de faire le point sur la situation.

Elle laissa de côté les questions sur ce monde de fantômes, elle ne devait pas se laisser distraire par cet aspect du problème. Elle se doute qu’elle n’obtiendrait sans doute jamais les réponses à ses nombreuses questions. Elle devait se concentrer sur l’essentiel : retrouver John Lennon.

Elle marcha dans le couloir et regarda les affiches de tous les spectacles qui s’étaient déroulés au Madison Square Garden. Elle s’arrêta devant l’affiche du concert de John Lennon en 1972, celle d’Elvis, de Frank Sinatra, de Bob Dylan. Puis ce fut au tour des joueurs de l’équipe de basket-ball des Knicks ou des Rangers en hockey sur glace. Elle examina toutes ces stars qui avaient chanté, dansé, joué sur cette scène.

— Désolé, murmura Peter en revenant.

— C’était qui ? demanda Lisa, j’ai l’impression de la connaître.

— Billie Holiday.

— Lady Day ! La plus grande chanteuse de jazz. Je ne l’aurais jamais reconnue.

— Même chez les fantômes, trente ans de drogue et d’alcool, cela ne pardonne pas. Chaque année, elle rêve de chanter lors du spectacle, mais personne ne l’a prise. Tu as vu, elle est ingérable.

— Pourtant elle possédait une voix magnifique.

— Oui, malheureusement jusqu’au bout elle a connu la drogue. Elle a dit un jour qu’elle s’était laissée mourir pour ne pas retourner en prison. Elle a gagné, ici la prison n’existe pas, quoique nous sommes une immense prison. Nous ne pouvons pas sortir des limites de New York. Une fois que nous avons choisi notre lieu de purgatoire, nous ne pouvons pas le quitter.

— Elle pourrait être liée à la disparition de Lennon ?

— Possible, je t’ai parlé des noms que j’avais ? Ce sont des musiciens de jazz, il ne voulaient pas de concert avec un Anglais et une star de cinéma. Je sais à quelle station de métro ils font une battle.

— Une quoi ?

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